Le projet ANCIRED, porté par OCEA Consult en partenariat avec la FDAAPPMA de La Réunion et VETERISPHERE (notamment pour la prise en compte du bien-être animal), et financé par l’Office français de la biodiversité (OFB), a pour objectif de lutter contre les espèces exotiques envahissantes aquatiques dans les eaux courantes en système tropical insulaire par une méthode alternative reposant sur l’utilisation d’un choc salin. Des essais de lutte par pêche électrique ont déjà été menés et ont montré une certaine efficacité, mais insuffisante pour permettre une gestion efficace de l’espèce (voir article). Ce programme de recherche-action est mené à La Réunion en particulier sur deux espèces, probablement introduites par l’aquariophilie : l’Ancistrus (Ancistrus temminckii) et la crevette Red Cherry (Neocaridina davidi).
Concernant l’Ancistrus, ce poisson d’eau douce est actuellement présent dans la ravine du Bras-Long à l’Entre-Deux. Si les enjeux sur la biodiversité sur ce milieu restent limités, la principale problématique réside dans le risque de dispersion de l’espèce vers d’autres milieux aquatiques de La Réunion, où elle pourrait entrer en compétition avec les espèces indigènes pour les ressources alimentaires et l’occupation du territoire. Son introduction dans le milieu naturel est notamment interdite par l’arrêté ministériel du 9 février 2018.
Quant à la crevette Red Cherry, elle a été observée pour la première fois en 2017 dans la rivière du Mât, probablement à la suite d’un relâcher d’aquarium. Elle est susceptible d’entrer en compétition avec les crustacés indigènes et peut être porteuse de parasites. Sa détention et son introduction sont interdites à La Réunion depuis l’arrêté ministériel du 28 juin 2021.
Les essais réalisés en laboratoire ont mis en évidence une différence de sensibilité entre les deux espèces : lors d’une immersion à 35 g/l de sel pendant 40 minutes, on observe une mortalité de tous les Ancistrus, tandis que la crevette Red Cherry présente une résistance à des salinités supérieures à 60 g/l. Ces résultats soulèvent notamment la question de sa capacité à franchir une barrière salée océanique et à se disperser d’une rivière à une autre par les zones côtières, à la faveur des crues.
En 2025, deux opérations ont été menées sur le Bras Long, à l’Entre-Deux. Elles ont permis la capture de plusieurs milliers d’Ancistrus. Les essais réalisés montrent une efficacité supérieure à 99 % sur les premiers 50 mètres des secteurs traités. Cette méthode a également permis de capturer d’autres espèces exotiques envahissantes présentes dans les cours d’eau, notamment le Guppy (Poecilia reticulata), le Porte-épée (Xiphophorus hellerii), le Nigro (Amatitlania nigrofasciata) et le Tilapia (Oreochromis sp.). En 2026, 2 opérations en juillet et 4 en août ont eu lieu afin de poursuivre les actions de lutte et de limiter la propagation de ces espèces dans les cours d’eau réunionnais.
