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5 juillet 2021 imprimer imprimer ]

Deux espèces de termites exotiques envahissantes à La Réunion

Lucas HOAREAU, Stagiaire chargé d’études M2 BEST-T à l’Université de La Réunion – ORLAT/CIRBAT en 2021 partage les informations sur deux espèces qu’on voit peu mais qui font souvent parler d’elles, les termites. La Réunion héberge deux espèces de termites exotiques envahissantes à l’origine de dégâts pour les constructions et celles parmi les plus virulentes au monde : Coptotermes gestroi et Cryptotermes brevis .


(c) Daniel Mora

Coptotermes gestroi (Wasmann, 1896) est un termite souterrain appartenant à la famille des Rhinotermitidae. C’est une espèce originaire d’Asie du Sud (Singapour, Malaisie, Indonésie, Phillipines) qui est essentiellement invasive en Floride depuis les années 1990 (Chouvenc et al., 2016), mais également dans plusieurs régions du monde dont certaines îles de l’Océan Indien comme La Réunion ou Maurice (Chouvenc et al., 2016). Actuellement, c’est l’espèce la plus rencontrée en milieu urbain et sa présence a été signalée sur l’ensemble de l’île. Elle vit dans le sol dans des colonies très populeuses pouvant atteindre jusqu’à 5 millions d’individus pour 600m2. Bien que le nid principal de C. gestroi soit sous terre, cette espèce est un termite xylophage, s’attaquant aux arbres et aux bâtiments contenant du bois. Elle prospecte alors hors du sol à l’aide de tunnels afin de trouver du bois pour s’alimenter. En faisant cela, il construit des nids secondaires (appelées calies), parfois à l’intérieur même des habitations. Son introduction à La Réunion remonte au moins à 1957 lorsque Paulian a effectué un premier inventaire des espèces sur l’île. Il est considéré comme le termite le plus nuisible de La Réunion (Peppuy et al., 1997), de plus le genre Coptotermes contient deux des espèces de termites les plus virulentes au monde, Coptotermes gestroi et Coptotermes formosanus (Scheffrahn et al., 2005). Les ouvriers sont blancs, mesurent environ 6mm avec un abdomen évasé et une capsule céphalique arrondie. Le soldat se distingue des ouvriers par sa capsule céphalique orangée qui arbore une fontanelle située à l’avant de sa tête et ses mandibules plus longues en forme de cisaille. Il dispose également d’une faculté de produire une substance adhésive blanchâtre qu’il utilise pour défendre la colonie des agresseurs. Les colonies de C. gestroi deviennent généralement matures entre 5 et 8 ans, âge auquel les reines sont physogastres et ont une fécondité optimale (Chouvenc et al., 2014).

Le genre gestroi est le genre de termites le plus virulent au monde, responsables de milliards de dommage à travers le monde, dont 20 milliards de dollars uniquement pour l’espèce Coptotermes formosanus.
Coptotermes gestroi a fait l’objet d’une nouvelle dénomination au début des années 2000, portant autrefois le nom de Coptotermes havilandi. Son ancienne dénomination est fréquemment retrouvée dans les publications antérieures aux années 2000. Coptotermes gestroi s’attaque aux arbres vivants, c’est par ailleurs une des rares espèces à pouvoir attaquer un arbre sain. Il n’y pas d’études officielles sur les interactions termites/insectes xylophages, les termites sont capables de cohabiter avec d’autres espèces car chacun loge dans une couche de l’arbre différente. Aucun impact concret n’a été mesuré sur la flore indiquant si C. gestroi serait responsable de l’affaiblissement des arbres qu’il infeste. L’espèce étant essentiellement urbaine, il n’y pas d’attaques recensées sur des arbres endémiques ou indigènes en forêt naturelle, en revanche de nombreuses attaques sur des arbres exotiques (manguier, tamarins, filaos, cocotiers…) ont été recensées.

C. gestroi affectionne les lieux chauds à fort taux d’humidité, ce qui facilite son implantation en milieu tropical et subtropical. N’ayant aucun prédateur naturel à La Réunion et colonisant des niches écologiques vacantes, ils ont pu se maintenir durablement sur l’île depuis leur importation. Par la suite, ce sont les activités anthropogéniques (transport de bois de ville en ville) qui ont permis à l’espèce de se propager sur toute l’île, plus particulièrement à basse et moyenne altitude (de 0 à 800m).


(c) Daniel Mora

Cryptotermes brevis une image (Walker, 1853) est un termite de bois sec appartenant à la famille des Kalotermitidae.
Le genre Cryptotermes est connu pour être le genre de termite de bois le plus invasif au monde et Cryptotermes brevis est le représentant le plus invasif de ce genre (Edwards et al., 1986). Cette espèce est répartie dans de nombreuses régions tropicales et subtropicales, mais aussi en régions tempérées (Angleterre, Canada, Wisconsin, Alaska, Açores, Antiga-et-Barbuda, Anguilla). Elle causerait plus de 100 millions de dollars dommages aux Etats-Unis et davantage dans le monde entier (Scheffrran et al., 2007). Elle est originaire de la zone des Caraïbes. Son introduction à La Réunion remonte au moins au 20ème siècle. Elle serait arrivée dans des bois d’œuvre par bateau, et il se peut qu’elle soit encore importée de manière fortuite aujourd’hui.
Elle est actuellement largement répandue à travers l’île, exclusivement en milieu anthropisé, dans des bois de meubles, de charpentes et essentiellement dans du bois contreplaqué. Elle n’est pas présente en milieu naturel (Peppuy et al., 1996).

Les colonies de C. brevis sont peu populeuses, atteignant des centaines d’individus, et résident tout au long de leur vie dans une même pièce de bois (une porte en bois peut contenir jusqu’à 20 colonies). Comme beaucoup de Kalotermitidae, ils nécessitent peu de ressources trophiques et d’humidité pour subsister.

En plus de la reproduction sexuée par essaimage via les envolées d’ailés reproducteurs fondant de nouvelles colonies, les colonies peuvent se reproduire rapidement par le biais des pseudergates (faux-ouvriers), une caste d’ouvriers capables de se différencier en individus sexués reproducteurs. Ce mode de reproduction appelé bouturage permet une propagation rapide de l’espèce tout au long de l’année. Les soldats sont peu abondants chez cette espèce. Ils se distinguent par une capsule céphalique brun foncé phragmotique qui sert à condamner les accès de certaines galeries si elles sont attaquées par des agresseurs.

Il est difficile de repérer leur présence, mais contrairement aux autres espèces de termites, les Kalotermitidae n’utilisent pas leurs déjections et rejettent celles-ci à l’extérieur de la colonie et donc du bois où elles sont établies. Ces déjections sont sous la forme de boulettes fécales semblables à de la sciure de bois.

Cette espèce est difficile à traiter une fois bien implantée dans le bois, il faut alors soit s’en débarrasser soit traiter la pièce de bois infestée par des procédés chimiques. Cette difficulté à les traiter les rend encore plus faciles à disperser via les activités anthropogéniques. Le stockage à grande échelle de pièces de bois comme du contreplaqué dans des conteneurs ou des entrepôts semblent être un point de départ majeur pour de nombreuses infestations de C. brevis.